T-shirt Auguste

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page thématique t-shirt Rome antique

Toi qui de Rome émerveillé contemples

Nouveau venu, qui cherches Rome en Rome
Et rien de Rome en Rome n’aperçois,
Ces vieux palais, ces vieux arcs que tu vois,
Et ces vieux murs, c’est ce que Rome on nomme.

Vois quel orgueil, quelle ruine : et comme
Celle qui mit le monde sous ses lois,
Pour dompter tout, se dompta quelquefois,
Et devint proie au temps, qui tout consomme.

Rome de Rome est le seul monument,
Et Rome Rome a vaincu seulement.
Le Tibre seul, qui vers la mer s’enfuit,

Reste de Rome. Ô mondaine inconstance !
Ce qui est ferme, est par le temps détruit,
Et ce qui fuit, au temps fait résistance.

Toi qui de Rome émerveillé contemples, issu des "antiquités de Rome", Joachim du Bellay, 1558

Caïus Mucius Scaevola en présence de Porsenna

Alors que la jeune République romaine vient tout juste de naître, les rois étrusques n'acceptent pas que les Romains aient chassé le dernier roi de Rome, un Etrusque, Tarquin. Pour réinstaller ce dernier sur le trône de Rome, Porsenna, le chef étrusque lance ses armées sur la ville dont les habitants sont bientôt assiégés.

Matthias Stomer, 1640 

Un jour, un jeune patricien romain du nom de Caïus Mucius, décidé à libérer définitivement Rome, se rend déguisé au campement de Porsenna. Capturé et présenté au Roi, Mucius pose sa main droite au-dessus d'un brasier. Alors que sa main brûle, le jeune romain regarde Porsenna d'un "visage ferme et d'un œil menaçant"*. Impavide, Mucius dit : "Vois combien le corps est peu de chose pour ceux qui n'ont en vue que la gloire"**.

A la fois terrorisé et admiratif d'une telle audace, Porsenna accepta de négocier son retrait. Quant au glorieux Mucius, dont la main droite était désormais invalide, il passa à la postérité sous le nom de "Scaevola"("gaucher").

*Plutarque, Vie de Publicola, 17, dans Vies parallèles.

**Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, XII.

Rome et le passage de la république à l'empire

Série télévisée créée par John Milius, William J. MacDonald et Bruno Heller et diffusée entre 2005 et 2007.

La scène, qui clôture la série, montre le triomphe d'Octave, petit-neveu et fils adoptif de César qui abolit la République et fonda le régime impérial.

La série se déroule entre 52 av. J.-C. et 29 av. J.-C. Si cette période semble courte au regard de l'Histoire, elle est fondamentale et décisive : elle ponctue des décennies de guerres civiles et aboutit à la création officieuse d'un nouveau régime, le Principat, qu'on appelle couramment "l'Empire"

D'un régime aristocratique et oligarchique, Rome passait à un régime personnel, bien qu'aucun changement institutionnel ne put en témoigner : Sénat, magistratures et comices étaient préservés. Celui qui incarna ce changement dans la réalité du pouvoir passa à la postérité sous le nom d'Auguste. En fait, son nom était Caïus Octavius Thurinus, descendant d'une grande lignée aristocratique romaine.

Mais pourquoi ne pas avoir changé de régime plus directement, puisque toutes les élites romaines comprenaient à l'époque la nécessité de radicalement régler les dysfonctionnements de la République ? En fait, il y a une raison profonde à cela : la République romaine abhorre la royauté, dont elle s'est débarrassée en 509 av. J.-C, à l'époque du jeune Scaevola. L'enjeu de cette période relève donc d'un tour de force : supprimer les divisions, rétablir l'intégrité de l'empire et assurer la paix, tout en évitant de sombrer dans une tyrannie. Cela n'est pas sans rappeler le parcours de Napoléon Bonaparte, consultable sur la page thématique consacrée au t-shirt Napoléon.

Le célèbre César avait tenté, 15 ans avant Octave, d'opérer ce tour de force, après avoir, comme Octave, rétabli la paix dans l'empire. Toutefois, César a été maladroit : alors qu'il fut couvert d'honneurs extraordinaires, il lui est arrivé de recevoir ces derniers, de la part de sénateurs, en restant assis, à l'image d'un roi. Mais son audace est allée bien plus loin : alors qu'il bénéficiait déjà d'une extension extraordinaire de la magistrature d'exception, "la dictature", en février 44 av. J.-C., César se fait nommer "dictateur à vie".

 

Outrés par la dérive tyrannique que laisse présager cette nomination, trois sénateurs agissent pour rétablir la République : Cicéron, Brutus (descendant de celui qui chassa le dernier roi de Rome) et Cassius. Le 15 mars 44 av. J.-C., César est assassiné de trente-cinq coups de couteaux.

Le petit-neveu et fils adoptif de César, Octave, s'en souviendra lorsque, comme son père, il devra lui aussi se décider : comment achever ce processus historique apparemment nécessaire qu'est la monarchisation de la République ? Octave, après avoir battu Antoine à Actium en 31 av. J.-C., retourne à Rome en 29 et célèbre le fameux triomphe représenté par l'extrait ci-dessus.

Après ce retour à Rome qui acte sa victoire sur son dernier concurrent, Marc-Antoine, Octave procédera en plusieurs étapes, dont le but était vraisemblablement d'instaurer une monarchie sous des allures de République. En 30, il porte officiellement le prénom Imperator. En 28, il renonce à ses pouvoirs triumviraux et se contente du consulat. En 27, il obtient un imperium proconsulaire permanent et s'arroge le contrôle de provinces. La même année, il obtient le surnom d'Augustus. En 23, il obtient les pouvoirs des tribuns de la plèbe à vie, qui lui permettent de faire voter des lois par le peuple. En 19, il obtient les pouvoirs des censeurs, qui lui offrent la possibilité de contrôler la liste des sénateurs. En 12, il devient "grand pontife", c'est-à-dire le chef de la religion romaine. Enfin, en 2 av. J.-C., il devient Père de la Patrie, ce qui le met au même rang honorifique que Romulus.*

Outre l'espacement de la personnalisation du pouvoir, cette transition de régime a beaucoup tenu à l'attitude en public d'Auguste, irréprochable et toujours soucieuse de faire accroire que la République avait été rétablie et préservée. 

Plutarque résumera cette ambiguïté en rapportant une scène insolite, où Marc-Antoine tenta de mettre une couronne sur la tête de César devant la foule qui, voyant César repousser la couronne, applaudit à tout rompre : "Étrange contradiction que ce peuple, qui souffrait [tolérait] qu'on exerçât sur lui de fait une puissance royale et qui rejetait le titre de roi comme signifiant la ruine de la liberté."**

Cela ne vous rappelle rien, Français ?

*Voir une excellente synthèse de cette ascension dans Bernard Klein, Histoire romaine, Librio, 2005, pp. 71-74.

**extrait de la Vie d'Antoine dans Plutarque, Vie parellèles, Flammarion, 1995, p. 355.

Les germes de la décadence

Caton d'Utique est un des derniers ardents défenseurs de la République romaine : il incarne et choisit le parti aristocratique emmené par Pompée face au parti populaire conduit par César. Dans la guerre civile qui les oppose, entre 49 et 46 av. J.-C., Caton représente l'élite patricienne qui a permis à Rome de dominer le monde, de l'affranchir de ses rois étrangers et de donner naissance à un système oligarchique et électif original, source d'inspiration pour toute la civilisation européenne.

 

Dans un dernier geste de noblesse, Caton se suicide après sa défaite militaire à Thapsus contre César. Malgré ses réussites historiques, l'aristocratie romaine n'a pas su préserver le système politique romain et a laissé César puis Auguste le dénaturer pour le transformer en monarchie "orientale" dont l'empereur fut progressivement déifié. 

 

Pour certains aristocrates, cette décadence est aussi le fruit d'une dépravation culturelle et morale. Contrairement à ce qu'on croit souvent, la culture grecque n'était pas unanimement appréciée par les Romains, ou du moins sa dimension universelle et cosmopolite, que les vieux Romains, frugaux, abhorraient.

 

L'aristocratie romaine était dépositaire de la culture romaine, de l'austérité de ses mœurs, dont un de ses plus glorieux ancêtres, Caton l'Ancien, regrettait qu'elles soient "contaminées" par l’hellénisme, à travers la comédie, la tragédie, la philosophie, la rhétorique et la littérature grecques qui répandaient, selon des aristocrates romains, corruption et débauche.

La Mort de Caton d'Utique, par Jean-Paul Laurens, 1863

Cela explique l'exorde de Plaute à l'une de ses pièces : "Spectateurs, cette pièce est écrite selon la loi des chastes mœurs ! Vous n'y avez vu ni amours, ni caresses, ni supposition d'enfant, ni argent escroqué, ni jeune galant affranchissant une courtisane à l'insu de son père. Elles sont rares chez les poètes, les comédies comme celle-ci, où les bons apprennent à être meilleurs."*

 

*Plaute, Epilogue des Captifs, dans Mommsen, Histoire romaine, Robert Laffont, Paris, 1985, p. 673.  

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