T-shirt Napoléon

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Le retour de l'Empereur

Sire, vous reviendrez dans votre capitale,

Sans tocsin, sans combat, sans lutte et sans fureur,

Traîné par huit chevaux sous l'arche triomphale,

En habit d'empereur !

Par cette même porte, où Dieu vous accompagne,

Sire, vous reviendrez sur un sublime char,

Glorieux, couronné, saint comme Charlemagne

Et grand comme César !

Sur votre sceptre d'or, qu'aucun vainqueur ne foule,

On verra resplendir votre aigle au bec vermeil,

Et sur votre manteau vos abeilles en foule

Frissonner au soleil.

Paris sur ses cent tours allumera des phares ;

Paris fera parler toutes ses grandes voix ;

Les cloches, les tambours, les clairons, les fanfares,

Chanteront à la fois.

Joyeux comme l'enfant quand l'aube recommence,

Ému comme le prêtre au seuil du lieu sacré,

Sire, on verra vers vous venir un peuple immense,

Tremblant, pâle, effaré ;

Peuple qui sous vos pieds mettrait les lois de Sparte,

Qu'embrase votre esprit, qu'enivre votre nom, 

Et qui flotte, ébloui, du jeune Bonaparte

Au vieux Napoléon.

Extrait du "Retour de l'empereur", XLVIII, dans Victor Hugo, La Légende des siècles, Gallimard, 2002, p. 688.

Marche funèbre pour le retour des cendres de l'Empereur

Composée par Adolphe Adam le 2 octobre 1840 et exécutée pour la première fois le 15 décembre 1840, lors de la translation des cendres de l'Empereur aux Invalides.

En écoutant cet air, on ne peut s'empêcher de se rappeler les mots de Chateaubriand, alors en exil à Gand et rallié aux Bourbons en 1814, qui, appuyé contre un arbre, en juin 1815, entend soudain le bruit lointain des coups de canon de Waterloo :

"Quel était ce combat ? Était-il définitif ? Napoléon était-il là en personne ? Le monde, comme la robe du Christ, était-il jeté au sort ? Succès ou revers de l'une ou de l'autre armée, quelle serait la conséquence de l'évènement pour les peuples, liberté ou esclavage ? Mais quel sang coulait ? Chaque bruit parvenu à mon oreille n'était-il pas le dernier soupir d'un Français ? Était-ce un nouveau Crécy, un nouveau Poitiers, un nouvel Azincourt, dont allaient jouir les plus implacables ennemis de la France ? Bien qu'un succès de Napoléon m'ouvrît un exil éternel, la patrie l'emportait dans ce moment dans mon cœur."*

Cette fin tragique, pour Bainville, était cousue de fil blanc. Après la victoire de Jemappes en 1792, la France annexe la Belgique. C'est cette erreur fatale qui fit entrer l'Angleterre dans la guerre contre la France : "Alors commença la guerre véritable, celle de l'Angleterre et de la France, l'éternelle guerre pour les Pays-Bas, la même sous la Révolution que sous Philippe le Bel, la vieille guerre pour la suprématie maritime de la Grande Bretagne, la même que sous Louis XIV, Louis XV et Louis XVI."** Pour Bainville, cela n'entraîna qu'une fuite en avant de la France : "Il fallut aller à Moscou pour avoir voulu conquérir en une enjambée la Belgique et la rive gauche du Rhin, et l'un ne fut pas plus insensé que l'autre. [...] Ces conquêtes, il [Napoléon] devait les défendre jusqu'au bout ou tomber avec elles, comme fût tombée la Révolution [...] nul gouvernement d'origine révolutionnaire ne pouvait accepter les anciennes limites."

*Chateaubriand, F.-R., Mémoires d'outre-tombe, Livre XXIII, Chap. 16.

**Bainville, J., Histoire de France, Tallandier, Paris, 2007, p. 370.

***Ibid., pp. 421 ; 424.

Napoléon au trône de Charlemagne

Napoléon Bonaparte devant le trône de Charlemagne, à Aix-la-Chapelle, en septembre 1804, moins de trois mois avant son sacre. Après un Te Deum, l'Empereur se recueille, ému, devant le trône de son illustre modèle, où il refuse de s'asseoir*.

Mille ans après le sacre de Charlemagne, successeur des Césars, l'Empereur montre au monde que la France n'a pas encore renoncé à reconstituer l'Empire romain d'Occident, à l'instar de ses glorieux prédécesseurs : "La germanisation de l'imperium était un accident de l'histoire que n'avaient jamais accepté les rois de France, ainsi que les aspirations à l'empire de Philippe III le Hardi, de François Ier ou de Louis XIV le rappellent. En se posant en successeur de Charlemagne, Napoléon signalait encore qu'il n'y avait nulle obligation d'élire toujours un Habsbourg au trône."**

Henri-Paul Motte, 1898

En fait, l'intérêt porté par Napoléon à l'Empire carolingien a trait à la redéfinition du pouvoir politique en France, quinze ans après la Révolution où il n'était pas question d'avoir un nouveau roi. En cela, le dilemme du Premier consul Bonaparte ressemblait fort à celui d'Auguste après qu'il eut gagné la guerre civile, et dont vous pouvez explorer les détails sur la page thématique consacrée au t-shirt Rome antique.

En choisissant de se rattacher à la dignité impériale, Napoléon rappelle la légitimité de la France comme première fille de Rome et de l'Eglise mais se pose aussi en digne successeur des Capétiens. Ces derniers descendaient des Carolingiens et cherchèrent eux-mêmes, huit siècles avant Bonaparte, à se représenter en dignes héritiers de Charlemagne. C'est à travers le sacre que les Capétiens rappelaient cette illustre parenté : l'épée, la couronne, la main de justice etc. Comme les Capétiens, Napoléon organise un sacre où ces "honneurs de Charlemagne" sont présents.***

 

Pour certains, la référence à Charlemagne abaisse même l'Empereur, dont les exploits auraient déjà surpassé ceux du fondateur de l'Empire des Francs : "On le compare à Charlemagne [...]. A Dieu ne plaise que je veuille déprécier un grand conquérant et un grand législateur ! Mais Charlemagne devait la moitié de sa force à l'épée de Charles Martel et à celles des Pépins. Celui-ci [ndla: Bonaparte] doit tout à lui-même"****

*Thierry Lentz, Le Premier empire, 1804-1815, Fayard, 2018, p. 38​.

**Ibid., pp. 36-37.

***Id.

****Propos tenus par le maréchal de camp et membre du Tribunat Henri de Carrion-Nisas. Cités dans id.

Film réalisé en 1970 par Serge Bondartchouk

Extrait de Waterloo

Waterloo fut une défaite, glorieuse mais totale. Au soir du 18 juin 1815, que reste-il à la France de sa foudroyante expansion depuis sa déclaration de guerre de 1792, lancée au Saint Empereur romain germanique ?

Chateaubriand jugera sévèrement l'oeuvre de politique étrangère de Napoléon : "Son poétique édifice de victoires, manquant de base n'étant suspendu en l'air que par son génie, tomba quand ce génie vint à se retirer. Le Macédonien fondait des empires en courant, Bonaparte en courant les savait que détruire."*

Pour le grand écrivain, contemporain de l'Empereur, la France s'est affaiblie sur le plan matériel avec la Révolution et l'Empire mais a tiré de ces évènements une gloire éternelle :

"Ce que Bonaparte nous a retranché en force, il nous l'a rendu en illustration. [...] Bonaparte nous a fait connaître à tous les rivages ; commandés par lui, les Français jetèrent l'Europe si bas à leurs pieds que la France prévaut encore par son nom, et que l'Arc de l'Etoile peut s'élever sans paraître un puéril trophée."**

Chateaubriand est d'ailleurs résigné. Pour lui, un Français ne pourra jamais juger Napoléon à sa juste mesure : les malheurs de la France sous l'Empire n'ont pas discrédité l'Empereur, ils l'ont déifié.*** 

*op. cit., Chateaubriand, Livre XXIV, Chap. 5.

**ibid., Chap. 7.

***id.

Napoléon et l'Europe

 

La vision politique générale de Napoléon est européenne et non seulement française. L'Empereur l'exprimera assez clairement en 1812 :

"Ma destinée n'est pas accomplie. Je veux achever ce qui n'est qu'ébauché. Il nous faut un code européen, une Cour de cassation européenne, une même monnaie, les mêmes poids et mesures, les mêmes lois. Il faut que je fasse de tous les peuples de l'Europe le même peuple et de Paris la capitale du monde."*

*Propos tenus à Fouché en janvier 1812, cités dans Jean Tulard, Le Monde selon Napoléon, Tallandier, Paris, 2015, p. 133.

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